Une habitude si toxique

Je marche dans la rue, je me sens léger. Depuis combien de temps je n’avais ressenti cette sensation de légèreté en avançant une jambe devant l’autre ?

Des années de tabagisme avaient sacrément entamé ma démarche aérienne, ralenti mon rythme soutenu et sapé mon oxygène.

Combien de temps avant de m’en apercevoir ? Je m’interroge sur tant de naïveté moi qui me croyais si smart.

Un pied devant l’autre, et ce sentiment de force retrouvée, de souffle infini, ces parfums qui m’envahissent et m’enivrent tout comme quand j’étais jeune, quand je n’avais pas encore atteint à mon intégrité.

Je marche, j’avance. Je ne lutte pas, je vole.

En cette journée ensoleillée, je regarde autour de moi et bizarrement, je m’attarde sur le paysage plus que de coutume. Tout est beau. Tout est clair.

Je m’attarde sur les détails, j’apprécie les couleurs, je ressens la chaleur d’une lumière apaisante.
Peut-être est-ce cela le bonheur, se perdre dans un décor, s’oublier en respirant, marcher paisiblement et avancer.

Je m’amuse à accélérer encore. Un pied devant l’autre, les muscles de mes jambes s’étirent sans effort, mon pas reste léger, je respire sans encombre.

Accélérer, décélérer et tout est calme. Mon cœur ne se fâche pas, il semble apprécier la balade, il bat en mesure, au rythme d’une liberté retrouvée, ivre d’oxygène.

Au loin, je vois une légère pente. Sacré défi il y a encore si peu de temps.
Mais cette fois, elle ne m’effraie pas. Non, au contraire, elle m’attire. Elle est l’ennemi juré que je sais pouvoir affronter sans étouffer, sans transpirer.

J’accélère encore, prêt à affronter ce mal absolu d’antan. Je fonce tête baissée vers ce calvaire, mon cœur s’étreint cette fois d’émotion, tout est si facile.

Un pas devant l’autre, ma respiration s’accélère insensiblement mais cette pente est désormais amie, elle porte mon effort, elle ne détruit plus mes forces.

Et je m’enivre de tant d’aisance. Je savoure cet air qui chatouille mes narines sans m’étouffer. Et j’avance encore, sans fatigue, sans douleur.

Pour la première fois depuis des décennies, je me prends à profiter du paysage alors que mes pieds foulent un sol autrefois destructeur. Autrefois mais à bien y réfléchir, il y a si peu de temps.

Un pas devant l’autre. Je me vois encore, prisonnier d’une addiction.

Se lever le matin déjà empreint d’un désir dévorant d’expédier un petit déjeuner pour savourer sa première clope. La meilleure paraît-il. Peut-être jugée meilleure parce qu’elle ne triche pas, elle révèle ses effets sans masque.

Le cœur qui s’accélère, la respiration qui se raccourcit, les artères qui se dilatent.

Je me souviens de ces quelques matins où elle parvenait même à m’étourdir un instant, le temps d’installer cette tenaillante fatigue qui m’accompagnait tout au long de ma journée.

Mais ce n’était pas grave. J’ignorais mes douleurs pensant avancer quand tout me ralentissait.

Combien de fois ai-je entendu mon entourage me seriner il serait bon de ralentir le tabac, pire encore d’arrêter de fumer.

Arrêter de fumer ? Mais pourquoi ? Que reste-t-il lorsqu’on retire un plaisir ?

J’ai passé ma vie à m’accorder ce que je nommais un plaisir.

Un rituel, sortir son briquet, tirer la cigarette de son paquet, la porter à ses lèvres, l’allumer. Sentir la fumée envahir mes poumons et profiter pleinement de son impact sur chacun de mes organes. Etait-ce là un vrai plaisir ?

Mais je n’ai pas cédé, mon corps me relançait sans cesse, appelant son charbon, froissant le creux de mon estomac et dirigeant mon esprit.
Il était hors de question de se passer de ce plaisir.

Personne ne se juge addict. Je n’étais pas addict. L’addiction est un mythe pour un fumeur.

Combien de fois ai-je dit sans le penser un instant que je pouvais m’arrêter quand je le décidais. Mais plus tard. Après. Dans quelques temps.
Je souriais en me mentant, à moins que ce soit mon cerveau qui me narguait d’un sourire collé à mes lèvres.

Les mots des autres glissent sur ce plaisir assumé.

Puis vient le jour où la première cigarette du matin fait mal, très mal.
Elle paralyse, elle tétanise, elle annihile. Etrange.

Il devient soudain difficile de mettre un pied devant l’autre sans ressentir une gêne, un carcan. Le souffle est court, l’effort pénible.

Tu devrais arrêter de fumer. Tiens, personne autour de moi pour me le souffler.
Cette fois, c’est ma raison qui s’exprime et m’envoie un message très clair.
C’est bien ce plaisir quotidien qui raidit mes muscles, bloque ma respiration et ralentit le rythme de ma vie.

J’avance sur cette côte autrefois infranchissable sans effort tout en me souvenant que je pensais être libre de fumer sans comprendre que j’abusais ma liberté.

Je savoure ma victoire sur mon aveuglement et je profite d’une énergie que je goûte avec plaisir !

On dit que c’est la maladie qui incite le fumeur à se soigner de son addiction. Non.

Le déclic lui est propre. Il sait qu’il se trompe dans son habitude mais il ne veut pas en changer.

Puis un matin, il sent que tout se complique, que des gestes simples deviennent très coûteux, que l’avenir risque de s’assombrir pour ce qu’il nomme un plaisir.

Là, il commence à chercher des solutions à son problème.

Le tabagisme n’est pas une maladie. Il ne se soigne pas parce qu’il est inscrit dans les gênes et se manifeste par une habitude récurrente.

Je n’ai pas arrêté de fumer sur ordonnance. J’ai arrêté de fumer par choix.

Le moyen utilisé pour y parvenir était mon seul choix.

Je ne fume plus, j’avance.

Un pas devant l’autre, avec une béquille qui m’empêche de revenir en arrière pour m’enfumer.

J’ignorais ceux qui me disaient d’arrêter de fumer, j’ignore ceux qui prétendent que je fume encore.

J’ai substitué un plaisir nocif par un plaisir vaporeux.
Et j’avance avec légèreté, je respire librement, je profite des senteurs enivrantes.

Et tant pis si ma méthode est décriée, malmenée, décrédibilisée. Elle est totalement efficace, elle ne me frustre pas et me tient loin de la fumée.

A mon rythme, d’un pas léger, les poumons gonflés d’oxygène et la liberté retrouvée, je vape.
Je ne fume plus, je le sais, et on voudrait que je me taise.

freedom

Pour une vape sans taxe tabac, faisons entendre raison à l’Union Européenne

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